PER

Déduire ou non ses versements PER : la comparaison chiffrée

Chaque versement volontaire sur un PER pose la même question : faut-il le déduire du revenu imposable ou y renoncer ? La déduction procure une économie immédiate, mais rend imposable, à la sortie, la somme versée. Y renoncer ne rapporte rien aujourd’hui, mais cette somme ressortira sans impôt. Le choix n’est pas affaire de préférence : il se calcule, à partir de deux taux d’imposition, celui d’aujourd’hui et celui que vous aurez à la retraite.

Ce que chaque option change à la sortie

Les règles sont présentées en détail dans le guide PER individuel : versements, blocage, sortie et fiscalité. Pour la décision, quatre points suffisent.

  • Versements déduits, sortie en capital : la somme versée est imposée au barème de l’impôt sur le revenu, sans abattement de 10 %, selon le 5 b quinquies de l’article 158 du code général des impôts.
  • Versements non déduits, sortie en capital : la somme versée est exonérée.
  • Les gains, dans les deux cas, supportent le prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d’impôt selon l’article 200 A du code général des impôts, plus 18,6 % de prélèvements sociaux, taux issu de la hausse de la CSG prévue par l’article L136-8 du code de la sécurité sociale. Les produits du PER n’ont pas été maintenus à 17,2 %, contrairement à l’assurance-vie.
  • En rente, la logique est la même : une rente issue de versements déduits est imposée comme une pension ; issue de versements non déduits, seule une fraction est imposable, de 70 % à 30 % selon l’âge au premier versement.

La déduction ne supprime donc pas l’impôt : elle le déplace dans le temps, et le taux appliqué n’est pas le même aux deux bouts.

Le critère central : votre taux marginal, aujourd’hui et à la retraite

Le taux marginal d’imposition est celui de la tranche la plus haute atteinte par le revenu du foyer, après application du quotient familial. Pour l’imposition des revenus de 2025, les tranches sont à 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 %, selon l’article 197 du code général des impôts. Votre avis d’impôt indique votre taux moyen ; le taux marginal se lit avec le simulateur officiel ou se déduit du revenu imposable par part.

Comparaison chiffrée sur un versement de 10 000 €

Hypothèses : versement de 10 000 €, 4 000 € de gains au moment de la sortie, sortie en capital, versement et retrait restant chacun dans une seule tranche. Les montants sont illustratifs.

Taux marginal aujourd’hui / à la retraiteAvec déductionSans déduction
30 % / 11 %3 000 € économisés, 1 100 € dus sur le capitalrien économisé, capital exonéré
30 % / 30 %3 000 € économisés, 3 000 € dusrien économisé, capital exonéré
11 % / 30 %1 100 € économisés, 3 000 € dusrien économisé, capital exonéré
0 % / 11 %rien économisé, 1 100 € dusrien économisé, capital exonéré

Dans tous les cas, les 4 000 € de gains supportent 31,4 %, soit 1 256 €. Le tableau fait apparaître trois situations :

  • Taux en baisse à la retraite : la déduction l’emporte nettement, ici de 1 900 €.
  • Taux identique : l’opération est neutre sur le papier. Elle garde un avantage de trésorerie : l’impôt économisé aujourd’hui peut être épargné et produire des revenus pendant toute la durée du plan.
  • Taux en hausse, ou nul aujourd’hui : la déduction coûte plus qu’elle ne rapporte.

Le cas des foyers peu ou pas imposés

Un foyer non imposable ne tire aucun avantage de la déduction, et un foyer dans la tranche à 11 % en tire peu. Si leur taux à la retraite risque d’être identique ou supérieur, renoncer à la déduction évite de transformer une épargne exonérée en revenu imposable. C’est un raisonnement général : un départ à la retraite fait souvent baisser les revenus, mais pas toujours le taux marginal, surtout pour un couple dont l’un des deux n’avait pas d’activité.

Les autres éléments qui pèsent dans la balance

La forme de sortie envisagée

Une sortie en capital étalée sur plusieurs années répartit la part imposable et limite le risque de passer dans une tranche supérieure l’année du retrait, ce qui renforce l’intérêt de la déduction. À l’inverse, une sortie prévue en une fois, pour solder un crédit par exemple, peut faire basculer une partie du capital dans la tranche supérieure.

Le calendrier de vos revenus

Une année de revenus exceptionnels (prime, indemnité, forte activité) se prête à la déduction, d’autant que les plafonds non utilisés des années précédentes peuvent alors être mobilisés, comme l’explique le guide plafonds PER non utilisés. Une année creuse, à l’inverse, se prête mal à la déduction : le versement peut être fait sans déduction, ou reporté.

L’âge

Depuis le 1er janvier 2026, les versements faits à partir de 70 ans ne sont plus déductibles. Après cet âge, la question ne se pose plus : tous les versements suivent le régime des versements non déduits.

Comment exercer le choix en pratique

La renonciation à la déduction s’exprime au moment du versement, auprès du gestionnaire du plan, et vaut pour ce versement. Elle ne peut pas être décidée après coup, au moment de déclarer les revenus. Rien n’oblige à faire le même choix chaque année : vous pouvez déduire une année de forte imposition et renoncer l’année suivante.

Une méthode en cinq étapes

  1. Situer votre taux marginal actuel à partir de votre revenu imposable par part.
  2. Estimer votre taux à la retraite à partir de la pension estimée et des autres revenus attendus ; une fourchette suffit.
  3. Comparer les deux taux : un écart d’une tranche ou plus en faveur d’aujourd’hui justifie en général la déduction.
  4. Vérifier le plafond disponible, expliqué dans le guide lire et vérifier son plafond épargne retraite, et vous limiter à la part du versement qui reste dans votre tranche actuelle.
  5. Revoir le choix chaque année, car revenus, situation familiale et barème évoluent.

Quel que soit le choix fiscal, l’épargne reste bloquée jusqu’à la retraite hors cas légaux, et les unités de compte comportent un risque de perte en capital. Un PER se justifie d’abord par l’objectif de préparer un revenu pour la retraite ; la déduction en module le rendement, elle ne doit pas en être la seule raison. Cet article présente des informations générales et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé.

Sources

  1. Code général des impôts, article 197 (barème de l'impôt sur le revenu) (Légifrance, texte de loi)
  2. Code général des impôts, article 158 (sortie en capital, pensions, rentes viagères) (Légifrance, texte de loi)
  3. Code de la sécurité sociale, article L136-8 (taux de CSG) (Légifrance, texte de loi)
  4. Code général des impôts, article 200 A (prélèvement forfaitaire unique) (Légifrance, texte de loi)
  5. Plan d'épargne retraite (PER) (Service-Public.fr, fiche officielle)